18 heures de travail hebdo et pourtant surmenés!?!

Le burn-out des enseignants… Quand l’institution se sabote elle-même.

Pourquoi un burn-out chez des personnes qui ne travaillent « que » 18 heures par semaine ? Bien sûr, on répond facilement « Mais non Karine, il y a la préparation des cours et les corrections de copies… Vous avez mal compté ! ». Certes. Et je l’ai même fait exprès, par simple provocation et pour que vous lisiez la suite. Parce qu’à côté des préparations de cours et des corrections de copies, il existe toute une nébuleuse de facteurs qui poussent littéralement les enseignants vers l’épuisement professionnel. L’institution, à entendre le corps enseignant, se saboterait elle-même !

Les heures ne se comptent plus

Il y a ceux qui bossent le soir, ceux qui bossent le week-end… beaucoup travaillant aussi pendant les vacances. Lorsqu’ils rentrent chez eux, la plupart des enseignants se remettent à leur bureau, pour une seconde journée qui, pour certains, ne s’achève qu’au moment de s’endormir, vers 23h00, épuisés et finalement si peu sereins. Félicitons au passage la capacité du métier à permettre un cloisonnement efficace entre vie privée et vie professionnelle !

stress-enseignantsAlors oui, les enseignants n’ont passé que quelques heures devant leur classe. Oui, cela leur a théoriquement laissé du temps pour la préparation des cours et les fameuses corrections de copies qu’ils auraient pu boucler dans leur « vraie » journée. Mais théoriquement seulement. Car l’Education Nationale semble parfois s’acharner sur ceux qu’elle devrait défendre : réunions à gogo, paperasse à remplir pour tout et n’importe quoi, organisation de voyages de classe, conseils de cycle, conseils d’école, concertations, suivi de projets, suivi de stages des élèves, discussions sur l’orientation des élèves, etc.

Et quand – quand ? – reste-t-il du temps pour les copies et la préparation des cours ? Le soir, le week-end, et pendant les « congés ». La plupart du temps, ce ne sont donc même pas les élèves qui fatiguent les enseignants, mais bel et bien les exigences de l’Institution.

Non, les profs ne sont pas tous des « planqués ». Ce sont, plus souvent, des surmenés… et de très bons candidats au burn-out.

Un métier peu reconnu

Ces surmenés insoupçonnés sont, qui plus est, bien peu valorisés désormais. Alors qu’on respectait, autrefois, le « maître d’école » pour la fonction qu’il occupait, l’enseignant est aujourd’hui régulièrement remis en question dans l’exercice-même de sa profession. Les parents, en particulier, sont passés maîtres dans cet art : on rappelle au professeur les programmes, on regarde ses cours, sa manière de noter, on juge, on désapprouve. En fait, comme partout ailleurs, on vérifie pour mieux consommer. Un élève réussit ? L’élève est un génie. Mais s’il peine à décoller… c’est forcément parce que son prof a mal expliqué, qu’il n’est pas pédagogue, qu’il ne s’occupe pas assez de chaque élève, qu’il est trop sévère, ou pas assez… Déconsidérés, dévalorisés, de nombreux enseignants sont démotivés voire épuisés.

Des solutions ?

Pour ne pas laisser le burn-out vous gagner, chers enseignants, vous pouvez suivre ces quelques conseils :

  • Apprenez à dire NON ! Aux parents, à votre chef d’établissement, à vos collègues…
  • Défoulez-vous et changez-vous les idées ! Dans votre emploi du temps de ministre, insérez des plages qui vous sont réservées rien qu’à vous : sport, lecture, musique… Tout est bon à prendre. Et ne ratez ces rendez-vous sous aucun prétexte…
  • Au cours de la journée, octroyez-vous de vraies pauses. 5 minutes peuvent être salutaires. Respirez amplement et reprenez conscience de l’utilité de votre travail pour la société.
  • Relativisez les problèmes rencontrés. Vos élèves sont intenables ? Vous avez fait de votre mieux alors s’ils n’avancent pas, ce ne sera pas de votre fait… Déculpabilisez-vous !
  • Ne vous isolez pas ! Parlez de vos soucis, à vos amis, à votre famille. Forcez-vous à sortir même si vous n’avez pas fini de corriger votre tas de copies. Ou mieux : invitez du monde – des gens relax, si possible – à la maison ! Vous serez bien obligé(e) de décrocher, le temps de recevoir…
6 réflexions au sujet de « 18 heures de travail hebdo et pourtant surmenés!?! »
  1. Bonjour à tous ! Je fais mon mémoire sur l’épuisement professionnel : j’aurais besoin de votre aide pour trouver des enseignants ou anciens enseignants qui souhaiteraient répondre à mes questions ! Si vous connaissez des titulaires ou anciens titulaires qui sont ou ont été dans cette situation, n’hésitez pas à me communiquer leur adresse mail sur mon adresse mail amandine.alvarez@etu.univ-lyon1.fr. MERCI BEAUCOUP ! Et bon courage à toutes et tous pour ce métier difficile mais passionnant!!

  2. Le problème avec le Burn Out, c’est qu’on le sent couver … On le laisse doucement nous consumer … On le sait incidieux et on appréhende le moment où l’on ne saura plus contenir ce mélange de fatigue, d’usure, de déconsidération, de culpabilité et de colère aussi ! On essaie d’en parler mais on se sent souvent méprisé … Parce que seul un enseignant peut savoir « ce que c’est » que d’exercer ce métier … Et un autre problème réside dans le fait que ceux qui évaluent notre capacité à l’exercer sont ceux qui soit ne l’ont jamais pratiqué, soit ne le pratiquent plus … Et leur jugement même en devient faussé, et parfois illégitime (si l’on tient de côté la seule légitimité inhérente à la hiérarchie!)
    Chacun de nos évaluateurs devrait s’inspirer d’un rapport sur la difficulté du métier d’enseignant ( Rapport d’information n° 601 (2011-2012) de Mme Brigitte GONTHIER-MAURIN, fait au nom de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, déposé le 19 juin 2012), rapport alimenté et dans lequel chacun de nous peut se retrouver ! Mais quand bien même le consulteraient-ils, qu’en retiendraient-ils réellement ? Un peu plus de mépris envers la faiblesse de ceux qui ne parviennent plus à « assurer » peut-être !
    D’ailleurs, n’en prendraient-ils pas que plus de hauteur ?!
    Législateurs, Décideurs et conseillers de ces derniers ont toujours, au nom d’idéaux légitimes mais inaccessibles, brillé par leur volonté d’imposer l’impossible à ceux qui exercent et de donner de mutiples moyens de pression à ceux qui régentent … Ils ne prennent nullement en compte les difficultés du terrain et la complexité induite par les contraintes aussi diverses qu’écrasantes… parce qu’ils ne les connaissent pas ! Ils n’en ont qu’une vague idée ! Mais forts de leurs certitudes, les injonctions verticales s’accumulent et toute réticence ressentie de notre part est prise pour de l’insubordination !
    Ne pourraient-ils pas simplement confesser que ce métier est de plus en plus difficile ?
    Le confesser mais aussi le dire bien haut, sans flagornerie médiatique déplacée …
    Je n’ose imaginer la joie teintée d’étonnement que ressentirait un enseignant qui s’entendrait dire par son supérieur : « Votre tâche est tellement difficile que je vous félicite de parvenir à l’exercer du mieux que vous pouvez, d’être parvenu à tenir tout ce temps ! Je ne vous en demande pas plus : continuez à tenir et faites de votre mieux ! »

    En ce qui me concerne, je me suis énormément investi dans mon métier toute ma vie, sans doute de manière excessive, mais cela m’a toujours semblé normal au regard des attentes que notre mission implique mais aussi de celles de l’institution et de la hiérarchie,.. Quand bien même une grande part m’a toujours semblé appartenir au domaine des voeux pieux !
    A présent, après plus de trente ans à tenter de faire de mon mieux, je suis littéralement épuisé, sans aucun espoir de rebond … Tout me semble insurmontable ! Les nouveaux programmes, les nouvelles attentes, les injonctions incessantes, les formations « Magistère » … Je suis usé … Et je n’ose même pas en parler à mon docteur qui affiche un réel mépris vis à vis de notre corps de métier … J’ai été inspecté dernièrement et m’en suis ouvert à mon inspectrice … qui m’a écouté, a fait preuve d’humanité et de compréhension …Elle m’a rassuré sur mes pratiques, mes compétences professionnelles mais m’a malgré tout donné de nouvelles consignes et pistes de travail, sous forme de conseils bien entendu, mais ça n’en reste pas moins des nouvelles choses à digérer , des nouvelles complexités à absorber et je n’y parviens pas, je n’y parviens plus !!
    Trois mois après cette visite, je me sens encore plus enlisé et m’interroge sans répit sur ce qu’il adviendra lorsque je ne parviendrai plus à surmonter le dégoût qui me submerge face à tout document professionnel (préparations, répartitions, livrets variés de progrès ou de réussite, livrets scolaires, notes de service, ressources pédagogiques en ligne etc ..) ou pire , ce qu’il adviendra lorque je céderai à cette perpétuelle envie de fuite qui m’assaille de plus en plus lorsque je suis en classe !
    N’importe qui me dirait de changer de métier mais d’une part, je ne sais rien faire d’autre et d’autre part, dans le contexte socio-professionnel actuel il serait suicidaire pour un sénior de démissionner … Il se peut que je manque tout simplement de courage mais avant d’en avoir un peu plus, je désespère de ne jamais récupérer ne serait-ce qu’une part du capital-énergie dont j’ai longtemps disposé mais que ma classe et ses à côtés ont totalement épuisé !
    Donc pas de solution en vue !
    Mais j’invite tous les plus jeunes (ou/et plus courageux!) à tout faire pour ne jamais en arriver à ce stade de démobilisation, de démotivation, de rejet de ce qui était sensé être le plus beau métier du monde !
    Bon courage à tous !
    Alain

  3. Parler avec les amis? La famille? Mais ils forment un mur d’incompréhension muette, voire secouent la tête d’exaspération. Nous sommes, nous, les enseignants, tellement loin de la « vraie vie »; C’est sûr: de quoi nous plaignons-nous donc? Mais quelle entreprise met ses salariés autant en situation d’échec que l’EN??? Pour 2000 euros nets en milieu de carrière!
    Je siège dans un jury de Capes: en 5 ans, le niveau des candidats a vertigineusement chuté, il faut gonfler les notes pour avoir des admis…Qui veut embrasser cette carrière? Plus personne. demande-t-on au chirurgien d’opérer trois patients en même temps? Aux profs, on demande de gérer des niveaux tellement variés dans une seule classe, qu’il leur faut préparer 3 ou 4 documents pour une même heure de cours: trouver des documents de niveaux différents, mais sur le même thème, qui se complètent…. jour et nuit…c’est un engrenage sans fin. Toujours plus d’élèves en difficulté car pas travailleurs du tout, juste consommateurs, et toujours plus de culpabilité sur les enseignants: « Mais que mettez-vous en place pour y remédier? ». C’est juste horrible, comme si l’o reprochait à l’oncologue le décès de ses patients…

  4. Assez fan de nouvelles technologies, j’ai essayé de travailler avec les ordis pour faire des blogs. Mais les machines sont lentes et internet marchait une fois sur 2. Donc exit le travail en salle informatique.
    Secundo, en lycée pro, cette année, on ne peut plus virer les élèves perturbateurs, il faut absolument les garder, donc on fait ce qu’on peut avec des élèves souvent sympas mais trop souvent a-scolaires, hyper-actifs, ayant peu d’appétence pour un enseignement théorique. Il faudrait développer l’apprentissage comme en Suisse, mieux adapté pour beaucoup d’élèves.

  5. Le problème vient plutôt d’une hiérarchie qui essaye, le plus souvent, de ne pas faire de vague plutôt que de résoudre les problèmes. Les « petits chefs » sont nombreux et ils préfèrent la mousse avant tout…..

    Il faut se battre pour avoir du matériel numérique et le discours ministériel est à l’exact opposé de la réalité quotidienne. Pour ma part je suis passé à un enseignement numérique poussé (évaluations comprises) mais pour se faire on a presque rien. Une salle informatique de 16 postes pour 40 salles. Un réseau déficient avec une faible bande passante etc etc. Alors demander du matériel c’est se faire sanctionner…. Les tablettes numériques pour Najat mais en fait avoir ne serait-ce qu’une zone de travail pour s’asseoir est déjà impossible. Oui à l’EN on travaille debout ou sur le bord d’un évier parce que le « chef » ne veut rien donner. Pensez-vous M. X vous avez déjà des étagères et une chaise. C’est bien d’avoir une salle…..

    Bref le discours est lénifiant et l’EN est une machine à broyer. Le recteur ne répond même pas au tribunal administratif pour faire durer les procédures, car bien entendu, l’EN est une zone où les droits ne sont pas respectés. Les syndicats ? Les plus gros sont corrompus malheureusement et font du copinage avec le ministère.

    Bref on se retrouve malade parce qu’on veut faire avancer et innover mais c’est impossible !

  6. Surtout l’impression de vivre parfois dans un univers kafkaïen …avec des programmes aux exigences démesurées face à un public qui a un niveau faible. Le meilleur élève d’une de mes classes, en terminale bac pro a été détecté, lors de la journée du service national, comme déficient en lecture. Vous pouvez vous imaginer le niveau du reste de la classe ? Et pourtant on nous demande de traiter le surréalisme, André Breton, Ionesco et Kafka …alors que la seule lecture de mes élèves reste souvent les SMS et les articles de foot.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *