Comment l’écart « tâches prescrites » / « travail réel » peut vous conduire au burn-out…

Burn-out, burn-out…où encore iras-tu te loger?

On parle beaucoup du travail, ces temps-ci. Qu’on le cherche ou qu’on se considère comme surchargé. On évoque objectifs, volumes, résultats… mais qui songe à aborder la question du travail « réel » ? Celui que vous devez faire, alors qu’il ne vous est pas à proprement parlé demandé ? Insidieux, cet espace entre le travail prescrit et l’engagement réellement nécessaire (mais souvent peu reconnu) à son accomplissement est souvent source de souffrance au travail. Parce que prendre conscience d’un phénomène, c’est déjà une piste pour le maîtriser, nous vous montrons ici  comment l’écart entre les « tâches prescrites » et votre « travail réel » peut vous conduire au burn-out.

Quand le travail prescrit devient secondaire

Impossible d’établir aujourd’hui une définition précise de ce qui peut être – ou non – considéré comme une surcharge de travail… Celui-ci n’est plus uniquement l’accomplissement de tâches programmées : les salariés sont de plus en plus soumis à d’autres exigences, difficilement mesurables, mais qui ont un impact réel sur le temps nécessaire à l’accomplissement de leurs missions. Ils gagnent, certes, en autonomie, mais on leur demande anticipation et réactivité. Les contraintes de temps se font plus prégnantes et l’urgence devient de plus en plus… urgente. Sans capacité à courir (aussi physiquement qu’intellectuellement), point de salut dans l’entreprise!

La faute à qui ? A un management qui place le client au centre de tout, d’abord. Pas d’accusation mais une constatation : pour satisfaire la clientèle, on tend parfois à négliger le rythme naturel des salariés. Le client est roi et le fait bien savoir. Impossible – ou presque – de le considérer autrement.

burn-outLa faute aussi à tous ces petits riens chronophages… résultant de nouvelles technologies supposées nous faire gagner un temps monstre ! Juste répondre vite à un mail (mais il y en a 20…). Juste prendre en main – rapidement, bien sûr – le nouveau logiciel de gestion (mais il change tous les 18 mois). Juste passer récupérer le portable enfin réparé (y’en a seulement pour 10 minutes). Juste rappeler en vitesse  le client qui s’impatiente (tous les jours, depuis 2 semaines). Juste, juste, juste…  et ne pas avoir le temps de juste faire son « vrai » travail. Celui pour lequel on est officiellement payé. Celui sur lequel sera jugée notre efficacité. Alors on reste tard au bureau, commençant notre journée de « travail prescrit » à 17h00. Pourtant comme nous l’avons vu dans notre billet « Burn-out: plus je travail tard moins je suis productif » travail tardif ne fait pas bon ménage avec performance et efficacité!

Et pour gérer le stress, Dieu créa le burn-out ?

Un peu, ça va. L’on prend sur soi. Mais à la longue, comment résister, dans de telles conditions, à l’épuisement professionnel qui vous fait de l’œil ? Un bon petit burn-out vous permettrait enfin de vous (re)poser ! Amis de l’ironie…

Mais bon. Lorsque l’on ne suit plus, lorsque l’on reste tard au travail sans pour autant parvenir à boucler les dossiers, lorsque ce stress se renforce jour après jour jusqu’à se transformer en une ingérable panique à bord, 2 solutions : soit on se décourage en se disant que c’est impossible… et l’on se désinvestit progressivement ; soit on perd confiance en soi en se persuadant que, décidément, on est sacrément peu fait pour ce métier. Et qui dit (ou vit) stress, désinvestissement et baisse de l’estime de soi, doit immédiatement penser burn-out !

Le travail réel, de plus en plus souvent à des années-lumière du travail prescrit, a fait son œuvre. CQFD (Traduction : Ce Qu’il Fallait Démontrer).

 Salutaire prise de conscience anti burn-out

Inutile d’orienter tous les salariés vers le yoga chez soi, de leur apprendre à méditer ou de leur suggérer de faire des boutures de rosier pour se calmer ! Une simple prise de conscience du phénomène dans les entreprises pourrait très bien faire l’affaire. En abordant de front la question avec leurs collaborateurs, les managers pourraient leur éviter nombre de burn-out…

  • Il s’agirait, en 1er lieu, de mesurer les écarts entre les différentes formes de charges de travail : identifier la charge de travail prescrite, déterminer la charge réelle et permettre, à chaque salarié, de définir son « travail subjectif », c’est-à-dire la charge qu’il ressent, lui.
  • Il faudrait ensuite accepter de reconnaître pleinement – en cessant de les cantonner à une sorte d’arrière-plan fumeux et plus ou moins digne d’estime –  les charges de travail réelle et subjective : se sachant comprise et soutenue, toute personne accroît naturellement sa capacité d’engagement…

Ne pas respecter les ordres, nouveau signe d’habileté ?

Même s’il se heurte à la capacité physique et psychologique des salariés de « tenir la cadence », un point de vu intéressant est développé dans cette vidéo. Et si travailler, c’était justement combler l’écart entre ce qui est prescrit et ce qu’il faut faire pour que les objectifs soient atteints ? Pour mieux comprendre l’idée selon laquelle un travailleur habile ne respecte pas les ordres à la lettre, je vous propose ce lien ayant justement pour thème – comme c’est étrange ! – l’écart entre le travail prescrit et le travail réel.


1.Le travail écart irréductible entre le… par Pierre-Bourdieu
 

Ce billet ou cette vidéo vous interpelle ? Vous souhaitez témoigner ? Notre blog vous est, comme toujours, grand ouvert !

8 réflexions au sujet de « Comment l’écart « tâches prescrites » / « travail réel » peut vous conduire au burn-out… »
  1. Bonjour Mina,

    Merci de nous donner de vos nouvelles. Etes-vous suivi par un médecin? accompagnée par un coach? Je sais que nos lecteurs sont aussi de tout coeur avec vous. Amicalement, Karine

  2. Bonjour

    Voici quelques nouvelles. J’en ai parlé au sein de mon entreprise, on m’a délesté d’un projet qui me plombait complètement le moral & on m’a donné des travaux rejoignant ma passion. Je me suis senti un peu mieux pendant 15 jrs/3 semaines, mais je me sens de nouveau épuisé, avec une concentration très faible, bref c’est dur. Je rêve de me retrouver comme quand j’étais en congé parental, avec mes journées libres, à juste vivre & profiter. Pour le week end sabbatique, difficile avec des enfants, et même quand ça m’arrive d’avoir des journées sans eux, ce n’est vraiment pas assez pour remonter à la surface, récupérer.

  3. Bonjour Mina, une proposition: que diriez-vous de vous offrir un week-end sabbatique à partir de ce soir? 🙂 courage à vous. Karine

  4. Je ne travaille pas seule car mon conjoint & moi travaillons ensemble pour la même entreprise (mais il ne fait pas vraiment le même travail). Et puis ne pas avoir de contact au quotidien avec des collègues etc. me va très bien. (c’est aussi beaucoup pour cela que j’apprécie le télétravail). Non c’est vraiment l’évolution de mon poste qui demande toujours à ce que je sois sur de multiples taches/dossiers et à faire des actions trop simplistes et répétitives qui me « brûlent ». L’impression de ne faire parfois que du copier coller de mes journées par exemple. Bon ça va un peu mieux cette semaine, même si aujourd’hui, vendredi est un jour difficile. Envie d’être en week end, mais déjà déçue de me dire qu’il ne durera que 2 jours et que je ne pourrai pas me reposer comme je le souhaiterais. J’ai un gros dossier sur lequel je n’avance pas en ce moment (que du copier coller, mon esprit vagabonde au bout de 5-10 mn, j’en ai assez), je pense que cela joue énormément sur mon moral, plus à côté de cela quelques soucis privés. Enfin bon, comme vous m’avez répondu sur un autre poste, je vois déjà les signes d’alertes, c’est bien. J’ai même réfléchi à un éventuel congé sabbatique si ça ne s’arrange pas, car je sens que j’ai vraiment besoin de souffler. Merci pour vos réponses.

  5. Bonjour Mina, vous semblez ressentir une grande lassitude dans votre activité au delà même du débordement. Est-ce la perte du sens de ce que vous faites? l’organisation de votre travail? le fait de travailler seule et de ne pas pouvoir communiquer et partager? qu’est-ce qui vous met le plus en colère au quotidien? bon courage et bonne journée. Karine

  6. Le paragraphe « ces petits riens chronophage », je m’y retrouve beaucoup. Dans mon travail, il peut m’arriver de switcher sur 10-15 projets différents dans une journée alors qu’à côté, j’ai LE projet important sur lequel j’aurai besoin d’une demi journée à une journée pour avancer sereinement et avec concentration (que je n’ai plus) et au final, je n’ai qu’une heure max sur la journée pour m’y atteler et quand j’arrive à me mettre dessus, j’ai un de ces autres projets qui reviennent vers moi et qui nécessite que je m’en occupe car c’est urgent. Et même si ce n’est que pour 5 ou 10mn, c’est comme ça chaque jour et plusieurs fois. Et après ça amène des erreurs, le manque de confiance en soi, la lassitude…

    Et je ne peux pas dire que c’est parce que j’ai une mauvaise gestion du temps, car tous ces petits projets sont toujours urgents, j’ai généralement un délai allant d’une demi journée à 24/48h. Et puis le gros projet en pâti et mon patron arrive et me demande alors, ou en es-tu? Tu penses pouvoir finir quand? Comme je ne sais jamais à l’avance quel sera mon planning et toutes ces petites merdes qui viennent se greffer, je suis incapable de lui répondre (donc stress). Parfois ils sont gentils, ils me disent qu’ils vont bloquer mon planning car oui le projet a pris du retard, c’est urgent. Du coup la, je prends une montée en stress, certes je suis à peu prêt débarrassé de ces projets parasites (mais bon ça n’empêche pas qu’ils vont quand même me demander de m’en occuper vite fait à un moment donné car ça ne peut pas attendre), mais il faut alors que je me concentre à fond alors que j’ai déjà plus d’énergie pour terminer le gros dossier en question.

    Et la ou c’est terrible, c’est que je n’ai pas de collègue au poste équivalent avec qui je pourrait partager la tache de travail.

    Il y a aussi des périodes où je n’ai plus rien à faire. Il m’est arrivé d’avoir pendant plusieurs semaines/mois, qu’une heure de travail réel par jour en moyenne. Mais avec la nécessité de rester derrière l’ordinateur au cas ou je recevrai des demandes. (je rappelle, je suis en télétravail). C’est assez bizarre comme période. Parfois, ça me permet de faire des choses personnelles à côté, d’autres non. Et puis quand enfin arrive une charge de travail, il est difficile de s’y remettre. (mais ça c’est vraiment mon cas perso, car depuis un moment je suis lasse au travail).

  7. Bonjour Jean-Philippe,
    merci de ton commentaire. Il ne s’agit pas selon moi d’une bonne ou d’une mauvaise gestion du temps mais de la compréhension des mécanismes en jeu dans l’accomplissement de son travail au quotidien et surtout de leur reconnaissance et c’est là que le burn-out se niche. On peut très bien gérer son temps en faisant d’autres taches que celles incluses dans sa description de poste. De la même façon on peut avoir une gestion du temps déplorable sur le périmètre exclusif de son poste. La gestion du temps est selon moi un outil d’optimisation de la performance qui a fait ses preuves. Toutefois les mécanismes du syndrome du burn-out bien plus complexes ne peuvent être réduits à une bonne ou mauvaise gestion de son temps 😉

  8. Tu as mis le doigt là où ça fait mal ! On charge la « mule » et passe sous silence certaines tâches chronophages qu’il faut bien faire pour continuer à faire tourner la boutique ..

    Même si c’est loin de résoudre tout, une bonne gestion du temps permet de le défendre correctement contre les éléments extérieurs (activités chronophages, les fameux « voleurs de temps », etc.) et de conserver un contrôle sur ce qu’il se passe.
    Et gare à la todo-list qui peut-être une source de stress et de découragement .. (voir http://www.anyideas.net/2012/07/gestion-du-temps-pourquoi-la-todo-list-nest-pas-efficace/ )

    Une bonne gestion du temps permet également de ne faire « rentrer » dans une journée que ce qui peut rentrer et surtout de faire respecter les limites. Mais cela demande de l’énergie, surtout pour rétablir un équilibre acceptable.

    De là à dire que les symptômes d’une mauvaise gestion du temps sont des précurseurs pour un burn-out, je laisse l’experte y répondre ! 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *