La fonction RH condamnée à l’épuisement professionnel?

Le burn-out dans la fonction RH : pourquoi, comment ?

La fonction des Ressources Humaines, c’est avant tout, en théorie, de l’Humain. C’est du moins ce qu’annonce l’étiquette. Etrange étiquette, à vrai dire : celle-ci a 4 faces. Il y a les idéaux des débuts, bien sûr, suivis d’une certaine désillusion pour certains. Il y a aussi l’isolement « naturel » auquel conduit, paradoxalement, la gestion de l’Humain. Il y a, surtout, une situation qui, si elle ne pouvait se révéler dramatique, serait assez cocasse : de celui ou celle qui a en charge le bien-être de tous au sein de l’entreprise, dont personne ne s’occupe. De quoi placer la fonction RH, par ailleurs très exigeante en termes de temps et de compétences, parmi les candidates crédibles au burn-out…

Pour les ressources humaines, il faut avoir… de la ressource !

Tous les DRH s’entendent sur ce point : le métier est vorace. Il avale les journées en un rien de temps et se délecte d’énergie dépensée et de stress. Les compétences requises sont, elles aussi, exigeantes, notamment lorsque la fonction est généraliste : suivi administratif du personnel, gestion de la paye, évaluation des compétences, conseil juridique et support du management, etc. De quoi faire perdre à certains leur équilibre. Comme dans bien d’autres métiers, cela dit.

burnout-management-formationL’isolement du DRH… normal ?

Facteur aggravant du stress ambiant : le DRH se trouve pris dans le piège du paradoxe. Son métier : comprendre et faire comprendre les besoins et attentes des différents protagonistes de l’entreprise. Une fonction de relationnel qui, étonnamment, a tendance à isoler. Lui qui sait gagner la confiance de tous (salariés, managers, responsables syndicaux, etc.)… se retrouve souvent seul à l’heure du déjeuner. Jacky Lhoumeau, ex-DRH d’un important site d’un groupe pharmaceutique, a bien analysé ce phénomène, évoquant sa solitude d’alors, « sans cesse coincé ou en équilibre entre direction, managers, salariés, syndicats »1.

Et c’est sans compter l’image déplorable que la fonction a dans les esprits : relayer les licenciements, exécuter les desiderata des supérieurs, etc. Une sorte de « chambre d’enregistrement […] des décisions prises en haut lieu »2… alors qu’elle est loin de n’être que cela. Le métier de DRH, c’est aussi et avant tout faire en sorte que chacun se sente bien dans l’entreprise. Mais de cela, on ne parle pas. Ou si peu.

La fin de l’illusion : l’entreprise déshumanisée.

Difficile à supporter, aussi, pour les responsables des ressources humaines : la transformation de l’entreprise en une sorte d’univers de la déshumanisation. Dans nombre d’entreprises en effet, les rythmes de travail s’accélèrent, pris dans un carcan de règles qui, semaine après semaine, s’alourdit. L’humain compterait-il moins pour les dirigeants, que la rentabilité? Or, pour Jean-Luc Vergne comme pour beaucoup d’autres, le métier « ne peut se concevoir sans amour et confiance en l’humain »2. Il faudrait miser sur la créativité, sur l’audace de chacun, qui engendreraient automatiquement de la performance et, au passage, reconnaître à l’Homme le droit à l’erreur… D’où une grande frustration, voire un sentiment d’impuissance, ressentis par un nombre croissant de DRH aujourd’hui.

Aide-toi toi-même.

Le leitmotiv de tout DRH, ou presque, pourrait être « Aide-toi toi-même… ». Alors qu’il encaisse la colère et les larmes des personnes licenciées, les ennuis parfois personnels de ses collaborateurs, les besoins exprimés par les uns et les autres, il ne trouve, lui, que bien peu d’écoute. Lui prend soin des autres, mais qui prend soin de lui ? Et quand il est témoin des burn-out des salariés, leur en fait remarquer les signes avant-coureurs, il n’imagine pas pouvoir, lui aussi, se retrouver en épuisement professionnel. Personne pour lui montrer qu’il n’en peut plus.

Un entourage qui ne voit rien venir.

L’entourage du DRH, lui non plus, ne voit rien venir. Ce membre de la famille est si peu présent ! Tout le temps par monts et par vaux, au bureau, en réunion, en déplacement. Normal qu’il soit fatigué, après tout ! Non, décidément, tout est logique. Et le burn-out qui se profile a le champ libre.

 Aude Selly, cadre en ressources humaines victime d’un burn-out, nous a récemment fait le plaisir de témoigner sur notre blog. Son expérience et ses solutions, ici !

 

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1. D comme DRH et… Dépressif,  Jacky Lhoumeau, Tatamis, août 2013

2. Itinéraire d’un DRH gâté, Jean-Luc Vergne, Eyrolles, sept. 2013

 

Une réflexion au sujet de « La fonction RH condamnée à l’épuisement professionnel? »
  1. Bonjour, je suis RRH dans un hôtel et j’ai fait un burnout dont je ne suis toujours pas remise. J’ai été arrêtée en 2015 pour syndrome anxio dépressif lié au travail. A ce jour tout cette fonction RH me semble insurmontable, je ne peux avoir que 4 heures d’attention sur un dossier. J’ai déclaré cette maladie pour une reconnaissance de maladie professionnelle. Pouvez vous me donner quelques conseils pour que je gère au mieux ce dossier ?
    Cordialement

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