Salarié et burn-out : sacerdoce des temps modernes ?

« Global burn-out » : la philosophie s’applique enfin à l’entreprise !

Vous aviez peut-être lu, mon billet sur l’article des Inrockuptibles qui commentait le livre de Pascal Chabot : « Global burn-out »*. Je vous avais promis de reparler de l’ouvrage lorsque je l’aurais enfin eu entre les mains, sous les yeux  et dans la tête. Voici donc les 2 axes qui m’ont particulièrement interpellée lors de sa lecture : le parallèle établi entre le burn-out et l’acédie qui, autrefois, touchait certains moines, et les considérations de l’auteur autour du concept de reconnaissance.  « Global burn-out » : la philosophie s’applique enfin à l’entreprise !

Salarié : sacerdoce des temps modernes ?

Pascal chabot PhilosopheAvez-vous entendu parler de l’acédie ? D’après Pascal Chabot, elle pourrait être l’ancêtre du burn-out… Qualifiant une sorte de désolation spirituelle, elle touchait autrefois les gens d’Eglise, s’attaquant aux « perfectionnistes de la foi aux tâches réglées et aux prières quotidiennes, qui ne reculent ordinairement pas devant un jeûne supplémentaire, ni devant un office plus matinal encore, mais qui, parfois, s’effondrent ». Pour l’auteur, « l’acédie est le burn-out du moine ».

Comme elle, le burn-out se distingue d’une simple paresse : si l’on est fatigué, absent, démotivé, ce n’est pas simplement par envie de prendre ses aises. Cela est bien plus profond… Si vous faites partie de ces personnes épuisées sur le plan professionnel, vous le savez bien ! Vous avez perdu la foi. La foi en votre travail, rien de moins. Comme le moine qui doute subitement de l’existence de Dieu, vous vous demandez quel sens a finalement votre existence : a-t-elle pour vocation « d’être tout entière au service d’une multinationale qui vous ignore, d’actionnaires qui vous dédaignent » ?

Vous qui étiez si motivé, vous n’y croyez plus et remettez tout en question. Et c’est ainsi que les entreprises, comme l’Eglise depuis longtemps,  perdent parmi leurs plus dévoués éléments pour cause de burn-out . Les sacerdoces sont bien malmenés.

Refroidissement ou embrasement ?

Entre l’acédie et le burn-out, Pascal Chabot voit tout de même une différence de taille, qui m’a semblée particulièrement intéressante : quand l’acédie correspond à un refroidissement de la ferveur des moines (acidus signifiant acide, en latin : comme l’explique l’auteur, on croyait autrefois froides les choses acides), le burn-out touche plutôt à un embrasement… L’Eglise craignait « la froideur d’un raisonnement qui pourrait mener à l’athéisme », tandis que le système technologique a peur, au contraire, d’ « un embrasement étrange, parce qu’il pressent peut-être qu’il recèle une contestation. »

La reconnaissance : contestable… mais indispensable.

prevention-burnoutAutre point ayant particulièrement retenu mon attention dans cet ouvrage : les considérations de Pascal Chabot sur la notion de reconnaissance et sur ses implications. Pointant de ses mots (et du doigt) l’utilisation volontaire de l’absence de reconnaissance, voire le déni consciemment organisé dans certains milieux (par exemple pour obtenir des départs anticipés), il rappelle que priver les individus de toute considération, « c’est attaquer le cœur de leur personne et saper leur confiance en eux-mêmes », au risque d’engendrer des pathologies qui peuvent être graves.

Pour lui, et cela me semble effectivement constituer une piste intéressante pour lutter contre le burn-out, « il est urgent de réfléchir à une pénalisation des techniques de gestion du personnel qui utilisent la peur et le harcèlement moral comme stratégie ».

L’importance qu’il donne à la reconnaissance des individus ne lui fait toutefois pas oublier les différents points du vue qui entourent cette notion. Pour Nietzsche, par exemple, la demande de reconnaissance serait caractéristique d’une société formée d’individus qui ne seraient pas capables de créer leur propre valeur, attendant pour cela d’être jugés par autrui. Axel Honneth, quant à lui, verrait dans la reconnaissance une possible arme idéologique : en les flattant, on pourrait développer chez les personnes des images de soi si positives qu’elles accepteraient finalement des tâches plus difficiles.

Pas de quoi s’enthousiasmer, donc,  a apriori, pour le concept en tant que tel.

La reconnaissance comme charité anti-burnout?

Mais face à la dépersonnalisation ambiante, être reconnu par sa hiérarchie n’en reste pas moins un soulagement pour beaucoup. Et cela d’autant plus qu’il s’agit alors, si elle n’est pas feinte, d’une véritable reconnaissance de l’individu en tant que tel. C’est bien cela que l’on cherche. Car oui, certains trouvent de la reconnaissance, par exemple, dans les réseaux sociaux… mais il ne s’agit finalement que d’« outils du paraître ». Un mot encourageant de la direction… et on se sent alors apprécié pour ce que l’on est réellement. Ou en tout cas – et c’est déjà ça ! – pour nos compétences professionnelles.

La conclusion de Pascal Chabot est sans appel… mais appelle à la réflexion : « Etre reconnu par une structure abstraite ne suffit pas. Ce qu’il faut, c’est célébrer ce je-ne-sais-quoi qui fait l’humain, et qui donne son sens à l’activité. »

Sur ces (ses) belles paroles, je vous laisse à vos pensées.

* Pascal Chabot, Global burn-out, PUF, coll. Perspectives critiques.

7 réflexions au sujet de « Salarié et burn-out : sacerdoce des temps modernes ? »
  1. Bonjour Alezan,

    merci d’avoir partagé votre expérience avec nous. Merci aussi des très judicieux conseils que vous donnez et qui vous ont aidés à vous en sortir. Continuez à prendre soin de vous et des vôtres :). à bientôt. Karine

  2. C’est intéressant cette approche qui pointe du doigt une démarche volontaire, organisée, de la part de certains pour précipiter des départs. Pour ma part, j’ai subi 1 an de harcèlement et un déni systématique de mes actions avant de lâcher l’affaire. J’ai finit « Burn-out » et totalement démonté par le harcèlement.

    Je m’explique : 3 ans de travail 10 à 15h/jour, tous les jours au boulot (en levant tout de même le pied les WE), mais jusque là, pas de problème puisque j’étais le créateur de la boîte. Par contre, j’ai fait rentrer, à la création de la société, les loups dans la bergerie, qui eux, ne se sont pas privé d’utiliser toutes les techniques possibles et imaginables conduisant à l’épuisement professionnel, psychologique, physique, etc…
    Le constat, après avoir pris du recul, c’est qu’à chaque fois que je marquais de points, des avancées significatives, ils tapaient fort. De plus en plus fort.

    Ça a commencé avec un problème de trésorerie (c’est la réalité des start-ups qui n’ont pas encore levé de fonds) pour payer les salaires. Alors que je venais d’obtenir l’accord écrit des banques pour 100 K€, on m’a demandé 4 fois mes actions en garantie d’un compte courant d’associés. J’ai accepté pour que les salaires de l’équipe soient versés avec le moins de retard possible. C’est le déclencheur !
    Ils on du prendre ce geste pour de la faiblesse alors qu’il s’agissait de maintenir une équipe, son moral et sa capacité à travailler correctement. Bref, 3 mois plus tard, alors que je viens de recevoir l’accord pour un prêt régional de 100 K€ (ce qui fait 200 K€ de financement) ils mettent à peine 3 jours pour convoquer une AGE qui demandera ma démission de Président. A l’issue de cette AGE (truffée de mensonges au CAC et de promesses qu’ils n’ont jamais tenues) je demande à prendre quelques jours de congés. Pas de bol : je ne suis plus Président, mais simple salarié, donc on me fixe des RV et des obligations qui m’empêcheront de prendre la « petite semaine de vacances qui va bien ». Une proposition de contrat qui arrive au bout de 4 mois avec une dégringolade de ma positon 3-2 coef 250 à 2-3 coef 150 que je refuse. L’argument massue de mon « Président » ex-associé : « tu signes ou tu dégages ». Utilisation des injonctions paradoxales : je suis le seul associé à bosser dans la boîte (les autres sont des investisseurs), le seul à connaître le secteur d’activité de la boîte, j’ai encore 160.000 actions de la boîte, je suis le seul à être caution des 100 K€ bancaire et je n’ai pas droit au chômage. Je suis juste coincé par des méthodes de voyous, de bandits, de gangsters. Je ne peux donc pas partir sans y perdre gravement des plumes. Si je parts, toute l’activité s’arrête du jour au lendemain… enfin, c’est ce que je crois à ce moment là !
    S’ensuit un travail rendu extrêmement dense et compliqué par l’incompétence d’une équipe externe qu’on m’a imposée, que je n’ai jamais rencontré et qui ne connaît rien au développement d’un site internet. Bref, le nouveau Président prendra le prétexte de mon refus de signer « la recette » (autrement dit, la validation du nouveau site) pour me signifier une mise à pied conservatoire. Etonnamment, le mois de ma mise à pied les 100 K€ de la région sont arrivés sur les comptes, le dépôt de la marque que j’ai créée (déjà enregistrée pour l’Europe) vient d’être confirmé pour les Etats-Unis. La mise à pied m’est signifiée pendant un arrêt maladie.

    Ça fait 5 jours que je suis allé voir le médecin, lui demandant de m’arrêter immédiatement. Je sais qu’un seul jour de plus au travail peut m’être mortel ! Oui, mortel.

    Voilà pour les faits marquants, mais le travail de sape à commencé un an plus tôt par des insultes, des dénigrements, des allusions, des injonctions paradoxales, des charges de travail supplémentaires ou inutiles… Toutes les techniques de manipulations et de harcèlement ont été utilisées par mes ex-associés.
    Je me suis arrêté à la dernière minute de ma dernière limite : toutes mes capacités physiques, psychiques, psychologiques, intellectuelles ont été minutieusement sabordées par ces individus. 15 jours plus tard, j’étais sur la table d’opération.

    J’ai revendu mes actions pour 15% de leur valeur pour ne plus avoir le moindre contact avec mes ex-associés : rompre tout contact est fondamental.

    Pourquoi, n’ayant jamais douté, pas une fois, de mes qualités humaines et professionnelles, sur la qualité de mon travail, sur mes avancées, sur la progression des indicateurs clés de l’activité, je me suis retrouvé dans cette situation ?
    Parce que je n’ai pas voulu lâcher-prise et parce que je me suis trompé sur les intentions de mes ex-associés (je n’ai jamais imaginé qu’on puisse laisser une société fonctionner sans un des associés ou un DG opérationnel)

    Pourquoi j’ai mis 2 ans à m’en remettre ?
    Parce que j’ai ruminé jours et nuits l’idée de leur faire un procès pendant ces 2 ans.

    Pourquoi je m’en suis sorti maintenant ?
    Parce que j’ai eu la chance de croiser une psychothérapeute qui a été extraordinaire dans son apport, son aide, pour m’aider à faire le tri et remettre les choses à leur place.
    Parce que j’ai profité de cet arrêt pour dormir, dormir, dormir, comme une marmotte hiberne.
    Parce que je me suis remis à faire des choses simples de la vie, mais qui apportent un bonheur au quotidien.
    Parce qu’un jour, j’ai décidé de lâcher-prise et de passer à autre chose.
    Parce que la totalité de ce que j’avais prédit sur leurs erreurs s’est réalisée et que le temps me donne raison.
    Parce que je suis foncièrement épicurien et que la vie à repris le dessus.

    Aujourd’hui, mon équilibre personnel est tout aussi important que mon épanouissement professionnel et j’encourage ceux qui viendraient à percevoir les signes d’un Burn-Out à faire machine arrière le plus rapidement possible. Prendre du temps pour soi est essentiel à l’équilibre de l’homme.

    Je sais que ce commentaire est long, mais le message est là : pensez à vous avant de penser à votre société, soyez égoïste, farouchement égoïste. Soyez des éponges à bonheurs, petits ou grands, mais quotidiens ; c’est pour le bien de tous, de vous, de votre famille, de vos amis et aussi celui de votre boîte.

    V (celui de la victoire)

  3. Après avoir aussi cherché dans la direction que vous indiquez, je crois que j’ai du non faire un burn-out au cours de ma quête, mais une acédie que je comparerais plus à la dépression qu’au burn-out.

    C’est vrai que j’avais perdu foi dans tout ce qui m’avait permis de connaître une certaine confiance, liberté, bonheur, car mes mécanismes mentaux n’avait pas autant lâché que j’avais bien pu le croire.

    Alors que j’étais devenu dépressif, inquiet, émotif, c’est la spiritualité chrétienne, avec toutes les valeurs qu’elle prône, qui m’a sortie de cet état. Je crois que lorsque la société aura découvert que remettre le spirituel au centre c’est vivre la liberté et le bonheur que tout le monde espère, waou:.. quel révolution. Le seul souci est qu’il est difficile de faire un cours ou de vendre une technique fusse-t-elle chrétienne. C’est une pure question de foi et de relation. Alors je tente quand – même dans mon coaching de faire découvrir la force de l’intégrité qui consiste à donner envie à mes clients de créer de la valeurs en respectant les grandes valeurs.

    Je tente de leur faire prendre conscience en quoi les bénéfices sont bien plus grands si nous faisons passer les valeurs, avant le résultat.

    Mon texte ci-dessous essaye de le démontrer. Celui de Lundi prochain sur l’honnête et le mensonge, tentera de montrer pourquoi nous produisons des menteurs type Kahuzac. Pourquoi sommes-nous tentés. En quoi gagnons-nous la liberté en résistant à la tentation ?

    J’ai décidé d’arrêter tout le travail sur soi pour me laisser travailler en appliquant à le lettre le parole biblique. Ce n’est plus de la philo, mais demande de la connaissance. Le résultat est inattendu : je me fous totalement de ce que peuvent penser les autres et je n’attends plus aucune reconnaissance ! Quel liberté, quel bonheur ! Ce n’ait qu’un début, car ça n’est bizarre pas encore installé partout. C’est un processus, mais il est bien enclenché et je ne veux plus qu’il s’arrête.

    Cela dit, je ne suis pas aussi intégriste que me copains chrétiens. Chacun fait ce qu’il veut. Je témoigne quand j’en ai l’occasion et ça s’arrête là !

  4. Bonjour Sylviane,

    Tout à fait vrai! la reconnaissance n’est pas un luxe mais un minimum de base qui n’existe pas toujours. Je suis déjà intervenue dans des entreprises où même dire bonjour était devenu un luxe (sic)

  5. Bonjour Karine,

    les gens ont besoin d’être reconnus dans les efforts qu’ils fournissent pour leurs employeurs et un sourire ou un encouragement ne flattent pas l’ego mais prouvent qu’ils ne sont pas considérés comme des bêtes de somme

    J’ai fait une dépression nerveuse en 1977 parce que ma patronne était une folle furieuse en rentrant j’ai regardé mes responsabilités avec un autre oeil et c’est en changeant moi-même que j’ai réussi à sortir du gouffre de la dépression et du stress et cerise sur le gâteau elle a commencé à m’apprécier

  6. BonheurVrai,

    Merci de votre commentaire
    joli pseudo très inspirant 🙂 bonne route à vous, que votre cheminement soit heureux et épanouissant 🙂

  7. La philosophie s’applique enfin aux entreprises… c’est un pas en avant! Par contre, je crois qu’on est loin de la responsabilisation des employeurs face au Burn-out. « Ah… pauvre elle, elle est tellement sensible, a t’elle des problèmes dans sa vie privée? » « Elle est tellement perfectionniste, et elle prend tout à coeur » « Loin de moi l’idée que je lui en donne trop, il devrait arriver dans son temps… il gère mal ses priorités » « Je ne comprends pas ce qui lui arrive, je tombe des nues »…
    Je reviens d’un congé où j’ai géré mon épuisement et mes désillusions. Je suis maintenant confiante et n’attend plus cette reconnaissance dans laquelle je m’évaluais. Maintenant je sais le faire moi-même. Donc de retour… Suis-je prête? Je crois que oui… Collègues mal à l’aise, froideur, le fil semble coupé… Quand je regarde en arrière, je recule… alors je regarde en avant et je me vois ailleurs, heureuse, solide, vraie.
    Excellent article! Continuez votre excellent travail, ça fait réfléchir :))

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