Harcèlement moral et perversion narcissique: clefs de décryptage

Le harcèlement et la perversion narcissique, des sujets polémiques dont les médias s’emparent et que l’on ne peut ignorer. Mais qu’en est-il exactement du point de vue des victimes? J’accueille Anne-Laure qui anime le blog Harcèlement moral et perversion narcissique.

Karine : Anne-Laure, pouvez-vous SVP vous présenter à nos lecteurs ?
Anne-Laure : Bonjour Karine. J’exerce comme coach certifiée en développement personnel et professionnel. Cette voie, je l’ai choisie en constatant le très grand nombre de cassures, de fractures de vie, quel que soit le domaine, et les conséquences souvent nombreuses, parfois graves, pour les personnes vivant ces fractures.

Karine: Vous animez un blog sur le harcèlement moral. Y-a-t-il une raison particulière à cela ? Pourquoi en avoir fait un cheval de bataille ?

Anne-Laure : Le harcèlement moral, la manipulation, l’emprise de personnalités toxiques sur des personnes qu’elles « élisent » comme leurs victimes / proies, sont beaucoup plus répandus et bien plus insidieux qu’on ne le pense… et que les médias, qui en parlent de plus en plus, ne les décrivent.
Que ce soit d’un point de vue humain, psychologique, psychosomatique, financier, matériel, professionnel, juridique, relationnel… Tous les domaines de vie d’une personne victime de harcèlement et/ou de manipulation sont atteints, parfois très profondément.
La victime perd toute confiance en elle, toute envie, tout désir, toute motivation et toute énergie. Elle en arrive à un stade de « renoncement », de déni d’elle-même.

Pour avoir connu l’emprise d’une personnalité toxique, j’en ai ressenti profondément les conséquences. J’ai observé le mur contre lequel on se heurte lorsqu’il faut se défendre, se justifier. Lorsqu’il faut revendiquer des droits bafoués. Lorsqu’il faut se faire entendre. Lorsque, tout simplement, il faut avoir le courage de parler, alors que la peur de représailles et la honte d’être « victime » paralysent.

femme-visage-bandc3a92Mon blog a aujourd’hui 7 mois et plus de 300 000 visites. Les témoignages reçus chaque jour montrent à quel point les victimes se sentent prises au piège et n’arrivent pas à trouver un moyen de s’en sortir. Et les professionnels de l’accompagnement, comme la Justice, sont souvent si peu ou mal informés que les victimes ne savent plus vers qui se tourner ni comment agir pour leur défense.

 Karine: Quelles sont, d’après votre expérience personnelle, les caractéristiques que l’on retrouve chez un manipulateur ?

Anne-Laure : Je préfère parler de personnalité toxique plutôt que de manipulateur (manipulatrice).  Ce que l’on retrouve le plus souvent est une immense force de persuasion, de conviction, de séduction. Ce sont souvent des communicants, des personnes « en vue » ou qui souhaitent obtenir une place importante dans un groupe, un cercle, au sein de leur famille… Ils/elles parlent avec aisance, savent influencer leurs interlocuteurs et les mènent à accepter leur point de vue, à agir en fonction de ce qui leur est demandé.

La personnalité toxique ne possède aucune empathie, aucun intérêt pour qui que ce soit, sauf pour celui ou celle dont elle peut tirer bénéfice. Elle va alors agir sur cette personne en la vidant littéralement de toute force. C’est d’ailleurs pour cela qu’on la compare souvent à un vampire. Lorsque la « proie » ne sert plus ou lorsqu’elle veut se détacher, couper les liens, elle devient un ennemi à détruire.

Karine: Quels sont selon vous les (2 ou 3) signes qui doivent alerter ?

Anne-Laure : Le sentiment de malaise permanent, indescriptible et oppressant.
L’impression de ne jamais agir en fonction de soi mais uniquement pour satisfaire les attentes d’un(e) autre. La peur de mal agir, de mal parler ou penser, et des conséquences que cela aurait. Et l’attente du contrôle pour savoir si « on a bien fait ».
L’isolement également, le sentiment que l’entourage s’éloigne sans qu’on soit capable de lui parler. Ce ne sont que quelques signes : la manipulation a de très nombreux visages.

 Karine: Comment avez-vous appris à vous défendre contre la manipulation que vous avez subie ?

Anne-Laure : J’ai fait, avec un coach, un travail important sur la confiance en moi, sur l’estime de moi, indispensables pour ne plus se sentir écrasé(e) et pour pouvoir à nouveau agir sciemment. J’ai appris à me fier à mon propre jugement et non à un jugement extérieur, à me demander si ce que je fais est en concordance avec ce que je suis vraiment. C’est d’ailleurs ainsi que je suis moi-même devenue coach, en constatant que c’est avec cet accompagnement plus qu’avec un autre que je m’étais sentie enfin « libre ». J’ai également appris des comportements, des attitudes, un mode de communication le plus neutre possible, donnant le moins d’informations possibles, afin de rester au maximum hors du champ de portée de la manipulation. Il est souvent recommandé de fuir… Mais encore faut-il qu’il soit possible de couper tout contact.

Karine: Ces mécanismes de défense sont-ils transposables quand le manipulateur est votre employeur ou un membre de votre équipe ? Quels sont vos conseils ?

Anne-Laure : Oui. Que ce soit sur le plan professionnel ou personnel, ce qui est profondément atteint est l’estime de soi. Toutes les manifestations et conséquences sur une victime en découlent, à commencer par l’incapacité à réagir et à se défendre. La personne qui subit une manipulation ou un harcèlement est entravée complètement dans ses pensées et ses actes, et est convaincue de ne plus rien pouvoir faire par elle-même et sans contrôle.
Apprendre un nouveau mode de communication et, avant tout, permettre à une personne « victime » d’avoir la conviction d’être une personne de qualité et de talents, lui permet de se sortir de l’emprise d’une personnalité toxique. Il ne faut pas oublier que celui ou celle qui manipule le fait justement parce que sa victime est une personne de talents, et que la manipulation est destinée à s’accaparer ces talents…

Lorsque l’on sent cette manipulation s’exercer, il faut parler. À ses collègues, à un supérieur, à un médecin du travail… Il faut libérer la parole, confronter des avis et ne pas hésiter à demander de l’aide. Cela semble difficile car la culpabilité est énorme… et la fatigue nerveuse prend aussi très souvent le dessus. Mais la puissance du harcèlement est d’autant plus forte que la personnalité toxique sait isoler sa proie de son entourage. Il est donc urgent… de ne pas rester seul.

 Karine: Merci beaucoup Anne-Laure pour cette grille de décryptage précieuse.

J’invite tous les lecteurs à visiter le blog d’Anne-Laure et à relire l’article que j’ai écris sur le sujet. Nous sommes tous acteurs de prévention. La prévention commence par l’information alors bonne lecture :).

Karine

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4 réflexions au sujet de « Harcèlement moral et perversion narcissique: clefs de décryptage »
  1. En effet la parole, si difficile à se réapproprier, est libératrice et permet de fait un premier – essentiel – pas pour ce sortir d’une situation de harcèlement.

    Quant au harcèlement au travail, en effet également, la peur de la perte d’un emploi freine et empêche souvent de « dire », de « dénoncer »…. et particulièrement aujourd’hui, en période de crise économique. C’est pour cela qu’un accompagnement et une reconstruction de la personne sont essentiels afin de renforcer motivation, énergie, et avant tout, la confiance et l’estime de soi

  2. Bonjour,

    merci pour cet article, j’avais l’impression de tout y reconnaître, cela ressemblait tellement à ce que j’ai connu.
    Harcelée et surbookée depuis 2010 je me suis arrêtée en novembre 2012 ( cela a été reconnu comme accident du travail) puis ai repris 6 mois en mi-temps thérapeutique et suis de nouveau arrêtée
    j’ai 57 ans, j’ai travaillé 35 ans dans la même boite et j’espère bien que les différentes personnes qui me soutiennent: DRH, assistante sociale, médecin traitant, médecin du travail et psychiatre m’aiderons à ne plus jamais y retourner!!
    Martine

  3. Bonjour,
    Je vous remercie pour la publication de cet excellent article qui est juste à la virgule ! Tout y est dit, c’est exactement cela, les mécanismes sont bien réels et leurs buts n’ont qu’un objet anéantir la victime qui se retrouve isolée et terrifiée. Il faut libérer la parole c’est vraiment important.
    Pour autant il faut aussi souligner une triste réalité, celle du contexte dans lequel la victime a terriblement peur de perdre son emploi et cette peur est aggravée par le contexte économique actuel. Pour faire face à cette énorme difficulté il faut être soutenu et aidé par des personnes compétentes sans cela la victime a peu de chance de s’en sortir.

  4. j’ai lu avec beaucoup d’intérêt , je suis passée par là et si je m’en suis sortie , c’est d’une part , avoir oser parler et demander de l’aide

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