Infirmier: risque du métier ou métier à risques?

Les infirmiers : cibles privilégiées du burn-out

Tout le monde a une bonne raison de faire un burn-out. Mais les infirmiers, il faut bien le reconnaître, sont particulièrement exposés. Entre temps qui manque et désillusion sur leurs relations avec les patients, entre difficulté de gérer leur investissement émotionnel et faible reconnaissance de leur métier, les infirmiers naviguent à vue. C’est lancés à pleine vitesse qu’ils percutent de plein fouet un épuisement professionnel de prime abord bien dissimulé.

Atelier-sos-burn-outEntre l’idéal et la réalité, il n’y a que quelques années…

Alors que la plupart des infirmiers choisissent leur métier par vocation – celle qui place la relation humaine au centre de tout – ils déchantent souvent bien vite : manque de personnel, obligation de rentabilité des soins, changements d’horaires permanents, accroissement de leurs responsabilités, multiplication des contraintes administratives… Non, ils n’étaient pas venus pour ça.

C’est là tout le problème du décalage entre le métier idéalisé et la réalité, qui semble n’avoir de cesse de se détériorer. Pris dans leur stress quotidien, les infirmiers n’ont plus le temps. Plus le temps de rassurer un enfant qui a peur, plus le temps de discuter avec leurs patients, plus le temps d’aider à allumer une télé…

Ce contraste entre l’idéal et le vécu se retrouve dans l’image que certains apprentis infirmiers se sont forgée sur les réactions des patients : ils pensaient leur apporter l’empathie dont ils auraient besoin… et être récompensés de leur gentillesse par certaines manifestations de reconnaissance (mots, sourires, etc.). Mais, en lieu et place de gratitude, ce ne sont parfois que reproches et agressivité. La désillusion est de taille.

Une forte charge émotionnelle

S’ajoute à cela la forte charge émotionnelle vécue par nombre d’infirmiers. Côtoyer souffrance et mort au quotidien n’a rien de facile lorsque l’on n’y est pas (ou mal) préparé. S’habitue-t-on ? Peut-être. Le fait est que beaucoup de soignants ont bien du mal à s’endormir lorsque l’un de leurs patients est au plus mal… Difficile, dans ce métier qui met à rude épreuve les émotions humaines, d’ériger une barrière solide entre vie professionnelle et vie privée. Une cause de burn-out supplémentaire pour cette catégorie professionnelle !

burn-out infirmière

Le travail d’infirmier : si indispensable et si peu reconnu

Autre ingrédient de burn-out : la non-reconnaissance du métier d’infirmier. Beaucoup se plaignent en effet du fait que patients et familles auraient tendance à accorder, à la prescription du médecin, une importance démesurée par rapport aux soins infirmiers. La bonne exécution de la prescription, par exemple, qui requiert de la part des soignants beaucoup d’attention et d’investissement, n’est que peu valorisée. Quant à leur  travail « relationnel », il est bien peu estimé…

Pire : d’aucuns estiment que cette partie du métier pourrait être menée à bien par « n’importe qui ». Faire manger un enfant malade relève pourtant, bien souvent, de l’exploit, tant il faut parfois déployer de trésors d’imagination et de patience.

Contrôler la relation pour rationaliser le métier ?

Dans l’air du temps : la tendance à tout normaliser. Mais que faire du travail relationnel et de sa dimension émotionnelle ? On tente, depuis un certain temps, à le standardiser lui aussi : lorsqu’il s’agit simplement de préserver le personnel soignant en tentant de l’éloigner de trop d’implication émotionnelle personnelle, cela peut avoir son intérêt. Cette démarche ne se résume pourtant pas toujours à cela : déterminer quel temps doit être accordé à telle catégorie de malade devient l’obsession des directions et des organismes gestionnaires. Il s’agit alors de prendre le contrôle sur les possibilités, pour les soignants, de s’investir sur le plan humain… et certains le vivent bien mal.

Des solutions ?

Plusieurs pistes sont suivies, dans les cliniques et hôpitaux et par le personnel soignant lui-même, afin d’éviter les situations de burn-out :

  • Standardisation des conduites à adopter dans telle ou telle situation : l’émotion a moins de prise sur les infirmiers qui se concentrent sur la partie technique de leur métier. La relation est dépersonnalisée. Certains s’en portent mieux… d’autres regrettant peut-être le temps où la toilette d’un patient ne consistait pas en une succession bien codifiée de gestes dénombrés.
  • Evitement : avec le soutien de ses collègues, un soignant peut, pris dans une situation dans laquelle il se retrouve incapable de surmonter son émotion, demander qu’une autre personne de l’équipe prenne le relai. Il se retire ainsi provisoirement de la relation et peut se rasséréner. 
  • Enseignement de techniques de relaxation : elles permettent de gérer le stress et d’appréhender plus sereinement les conflits, en apprenant à contrôler sa respiration et à détendre ses muscles. En maîtrisant les manifestations corporelles de leurs ressentis, les soignants gèrent mieux leurs émotions.
  • Dépersonnalisation de la relation : il s’agit par exemple d’inciter les soignants à ne pas se sentir personnellement concernés par les reproches qu’un malade peut leur adresser. En prenant conscience que c’est l’infirmier qui est visé et non leur personne, le soignant parvient à prendre du recul sur des situations et remarques a priori déplaisantes. 
  • Déplacement de perspective, notamment quant aux réactions des malades : au lieu de ressentir de la colère parce qu’il juge la réaction d’un patient inacceptable, le soignant apprend à considérer celle-ci comme inhérente à la maladie et à la situation vécue par la personne. Cela aussi lui permet d’ajuster ses émotions de manière à n’être pas personnellement affecté par sa vie à l’hôpital…

Vous êtes soignant et connaissez ou avez connu une situation de burn-out ? Vous vous reconnaissez dans les descriptions de cet article ? N’hésitez pas à venir témoigner sur notre blog !

Karine Branger

5 réflexions au sujet de « Infirmier: risque du métier ou métier à risques? »
  1. Bonjour Florette,

    Je n’oublie pas les aide soignants, j’ai même prévu un article rien que pour vous dans le courant 2013 :). j’anime une conférence spécifique en novembre pour les aide soignants du 35, vous êtes la bienvenue :). Quand on parle de burn-out et de reconnaissance votre métier fait figure de parent pauvre et vous avez raison de vous manifester. Sans vous rien ne serait possible. Vous êtes les petites mains de l’ombre au dos cassé qui s’épuisent à faire avancer les choses. Merci pour pour votre dévouement injustement apprécié. à bientôt. Karine

  2. Vous semblez oublier que les aide soignantes existent ….
    En ehpad c est l enfer 2 as pour 40 residents
    On nous parle de maltraitance alors que c est la direction qui est maltraitante envers les patients et les soignants
    On ne parle tjs que des infirmieres mais jamais de nous aide soignantes dans l oublie
    Mais sans nous …..

  3. Pour prendre soin des patients il faut d’abord prendre soin des soignants. Le burn out arrive aussi quand on n’arrive pas à concilier vie professionnelle et vie personnelle (changement de planning, vacances décalés,…).

  4. Les pistes ne sont effectivement que des pistes. Les gens sont de plus en plus intolérants à la frustration. On ne me fera pas croire que « c’est grâce à mes impôts (que je paye aussi) que vous avez un salaire « ou « c’est votre boulot » ou « c’est pas de ma faute si vous ne savez pas faire votre travail correctement » ou « ça fait 5mn que j’attends »….sont des réflexions plus inhérentes à la maladie qu’à la bêtise humaine pour rester polie.

    Il faut regarder en face… nous avons au dessus de nous des dirigeants de société (pas moins que cela) soucieux de la rentabilité des actes plus que de leur qualité et en face de nous des intolérants à la frustration qui nous voient comme des boniches à tout faire.

    Personnellement quand j’ai commencé le métier je n’ai rien idéalisé du tout c’est surement ce qui me sauve du burn out mais bon sang, y en a pas mal qui n’en finiraient plus de tourner autour de la Terre si on les envoyait en orbite….

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