CDI, nouveaux emplois temporaires ou quand la précarisation subjective fait des ravages!

Les CDI seraient-ils les nouveaux emplois précaires ? La question mérite d’être posée, tant c’est le sentiment qui mine désormais nombre de salariés. Si chacun est bien conscient que l’instabilité en matière d’emploi  gagne objectivement du terrain (multiplication des stages, missions d’intérim, CDD, etc.), qui aurait pu croire, il y a quelques années encore, que même un CDI ne serait plus synonyme de tranquillité d’esprit et de possibilité d’autonomie ? Voici comment se développe aujourd’hui une sorte de « précarisation subjective »… et de quelle manière elle peut mener les plus fragiles au burn-out.

Sans doute avez-vous vu dernièrement – si ce n’est regardé – un reportage sur ces personnes qui, alors qu’elles sont embauchées en CDI, doivent vivre dans leur voiture. Ce fait divers qui l’est de moins en moins (divers) révèle une chose : un CDI n’est plus la garantie d’une vie « normale ». Mais non content de ne plus permettre, à coup sûr, un toit en dur, il a aussi perdu la stabilité de ses heures de gloire. Au moins en apparence.

Burn-out et précarisation subjective

Car la précarisation subjective est désormais monnaie courante dans les entreprises : l’efficacité d’un salarié nécessiterait de créer chez lui un sentiment d’insécurité et d’incertitude. Celui-ci le conduirait à augmenter sa productivité tout en le maintenant dans un état de vigilance propice à une plus grande réactivité.

En cause ?

  • Le discours de certains employeurs (heureusement une minorité), d’abord, qui menacent plus ou moins ouvertement de licenciement, les salariés insuffisamment souples ou productifs à leur goût. Quand ces employeurs manient le « 1 de perdu 10 de retrouvés » tous les jours de façon insidieuse mais bien réelle, que rétorquer lorsque 3 millions de chômeurs attendent effectivement aux portes des entreprises, prêts à prendre d’assaut les places qui se libèrent ? Y-a -t-il autre chose à faire que  de mettre les bouchées doubles pour conserver son poste ?
  • La peur des délocalisations, enfin, fait son œuvre. Si elles sont souvent une réalité, elles servent aussi, parfois, de simple épouvantail : une menace utilisée pour engendrer, une fois de plus, un sentiment de peur chez les salariés qui redoublent alors d’efforts pour ne pas voir leur entreprise s’implanter en Chine (simple exemple ! l’auriez-vous déjà entendu?).
  • Les salariés eux-mêmes contribuent à alimenter la précarisation subjective dans cette insécurité ambiante. Face à un climat économique des plus frisquets, ils craignent chaque jour de se retrouver au chômage… et sans possibilité de rebondir. Il faut donc travailler plus dur encore, la pression devenant alors de plus en plus forte.

Un cercle vicieux qui mène au burn-out!

burn-outCette violence tait pourtant son nom, se dissimulant sous des montagnes de faux-semblants appelés mobilité, souplesse, adaptabilité, et j’en passe. Insidieuse, elle flotte de façon diffuse. Aucune limite claire, aucune preuve… Mais sous prétexte de modernité, on met tranquillement à mal l’équilibre développé par les salariés dans le cadre de leur travail en réorganisant, changeant, améliorant, transformant. Certes, il faut savoir évoluer. Mais lorsque cette démarche procède plus d’une désorganisation collective que de réelles améliorations, il y a de quoi se poser des questions. Les repères des uns et des autres sont bien consciencieusement piétinés, tandis que la frontière entre vie professionnelle et vie privée se fait de plus en plus ténue. Et c’est sans parler de la hiérarchie qui évalue en permanence chaque salarié, tout en mettant en concurrence les membres d’une même équipe et en leur « sous-traitant » un nombre croissant de difficultés.

Poursuivant des objectifs souvent mal définis ou peu réalistes et avec la peur d’être moins bien jugé que son collaborateur, chacun se sent en permanence sur la sellette… et se tue d’autant plus à la tâche pour ne pas être le prochain à se retrouver sans emploi. Et quand je dis « se tue à la tâche », je ne parle pas qu’au sens figuré. Car oui, le risque est bien là. Il ne concerne heureusement qu’une infime partie des salariés mais peut être – dans le pire des cas bien sûr – la résultante d’un burn-out induit par cette précarisation subjective et cette crainte perpétuelle de se retrouver sans emploi, malgré son CDI.

Sans aller jusque là, de plus en plus de salariés sont concernés par l’épuisement professionnel : sans cesse en alerte, notamment en raison de ce sentiment d’insécurité permanent, ils sont certes très efficaces… jusqu’à ne l’être plus du tout. Malgré leur obstination et leurs efforts, ils ont l’impression de ne jamais maîtriser leur travail et perdent progressivement leur estime de soi.  A cela s’ajoutent un sentiment d’anxiété devenu indomptable et une impression croissante d’isolement : en cas de problème, beaucoup ne savent plus bien à quelle oreille se vouer… et se renferment finalement sur eux-mêmes.

Stress au travail, perte d’estime de soi, isolement. Voilà justement 3 des symptômes du burn-out ! Un burn-out qui devrait pourtant, en théorie, laisser plus ou moins tranquilles les heureux signataires de Contrats à Durée Indéterminée. La théorie, belle théorie…

Vous souhaitez en savoir plus sur la précarisation subjective: « La violence au travail »Marnix Dressen et Jean-Pierre Durand,Collection le travail en débats, Octares 2011

Au menu de la semaine prochaine : « Quand l’organisation du travail vous conduit directement au burn-out !« 

à bientôt
Karine Branger

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