Malaise d’une profession : les policiers au bout du rouleau.

En 2010, un rapport de l’Inserm estimait que 45 à 50 policiers français se suicidaient chaque année, soit un taux de 36% supérieur à celui du reste de la population. Des suicides qui cachent, en réalité, le stress important d’une profession dont le malaise commence heureusement à se faire connaître. Ce stress, ce malaise, avant de pousser les policiers au suicide, en plongent beaucoup dans le gouffre du burn-out. Pourquoi ? Comment ? Petit tour d’horizon.

Grande enquête sur les conditions de travail des policiers !

En 2011, Mathieu Molines, du Centre de Recherche en Management (CRM) de Toulouse, tente de comprendre, à travers une grande enquête en ligne menée avec le syndicat Alliance, les causes du ras-le-bol des policiers français. L’enquête est inédite, les conditions de travail des policiers n’ayant que rarement été étudiées en France. Cette enquête mesure en particulier – et c’est une première – le rôle de la hiérarchie sur le bien-être et l’efficacité des ces derniers dans leur fonction. 6500 policiers, hommes et femmes de tous grades, répondent alors aux questions posées en ligne… et dévoilent on-ne-peut-plus clairement les raisons de leur stress et du burn-out qui, dans la profession, gagne du terrain.

Plusieurs problèmes majeurs sont ainsi mis à jour : Sur le plan du management, d’abord, le malaise est réel : « Le supérieur hiérarchique ne se positionne pas comme un véritable manager, c’est-à-dire un leader capable de fédérer ses équipes, de les aider et de les former », explique Mathieu Molines. Nombre de policiers ne se sentent en outre pas soutenus par leur organisation.

Ils souffrent par ailleurs du sentiment d’être incompris et mal considérés tant par l’opinion publique (59%) que par la justice et les médias : 85% des policiers estiment ainsi que les juges discréditent leur travail, tandis que 87% se sentent dévalorisés par la presse.

Sont aussi pointées du doigt les conditions de travail difficiles des forces de l’ordre : plus que le danger, ce sont la charge de travail harassante et la faiblesse des rétributions (salaire et reconnaissance) qui fatiguent émotionnellement les policiers.

Les facteurs organisationnels, enfin, sont mis en avant : équipements inadaptés, manque de ressources, lourdeurs administratives, etc.

La Police : un métier de désillusion ?

A cela, on peut ajouter un décalage déstabilisant entre l’idéal poursuivi et la réalité de terrain. Entre-t-on dans la police comme on entre dans les ordres ? La vocation a, en tout cas, son mot à dire dans ce choix d’un métier certes dangereux et exigeant… mais qui parle à certains idéalistes. Leurs valeurs sont fermes et leur sens du devoir, affuté. Il s’agit, pour beaucoup, d’améliorer le sort du monde.

Mais la désillusion guette. Sur le terrain, c’est dur, bien plus dur que ce que l’on attendait. Et l’on s’aperçoit, au bout de quelques temps, que finalement rien ne change. On prend aussi conscience d’autres réalités : le détachement avec lequel on traite de plus en plus les situations dramatiques (et pour cause : on se protège), la hiérarchie qui pèse plus que prévu, la « mesure » de l’« efficacité » à laquelle on ne s’attendait pas… Le stress n’est pas qu’aux coins de rue que l’on surveille, il ne loge pas uniquement dans les situations dangereuses auxquelles on est confronté. Il s’insinue, en fait, un peu partout. Et démotive les plus engagés.

De l’engagement à l’épuisement.

Les plus engagés, parlons-en ! Car ce sont eux, aussi, qui sont le plus victimes de l’épuisement professionnel. Ils se donnent corps et âme à leur fonction, surmontent les obstacles, affrontent les difficultés avec vaillance. Mais le stress incessant, auquel, plus que d’autres peut-être, ils sont confrontés du fait de leur surinvestissement, les force finalement à se « blinder ». Pour se protéger, ils troquent au fil du temps leur motivation contre une sorte d’indifférence et de détachement vis-à-vis des situations rencontrées. Ils se sentent physiquement à bout, en deviennent cyniques. Le burn-out les attend.

Cet article vous parle ? Vous souhaitez témoigner ou apporter une précision ? Libre à vous !

Karine

1 Management et bien-être au travail au sein de la police, enquête menée entre mai 2011 et janvier 2012

 

 

4 réflexions au sujet de « Malaise d’une profession : les policiers au bout du rouleau. »
  1. Des témoignages poignants mais tellement vrais.
    Je suis la compagne d un fonctionnaire de policier, qui a fait le choix d exercer cette profession par vocation. Il aime son métier avec ses joies et ses tristesses. Il aime ses effectifs et aux risques de sanctions à son égard il les couvre , il les couve…..
    Et puis un jour un ver entre dans la pomme, un nouveau fonctionnaire …la hiérarchie connaît son fort caractère connaît très probablement la raison pour laquelle elle a du quitter son ancien commissariat. ..mais on ne dit rien comme dab….Elle est simple fonctionnaire elle n est pas policier elle n a aucune vocation. C est une boule de Noël qui a réussi son concours. (Elle est belle notre police. …)
    Elle détruit en quelques jours de belles années de travail…
    La hiérarchie la plus basse comme la plus haute se comportent de façon honteuse, pas d appuis pas de soutien. On s assure juste après avoir bien enfoncé le clou que le fonctionnaire ne va pas se mettre un balle dans le caisson, on l envoie donc voir le médecin mais ça c est juste pour se couvrir. La hiérarchie est lâche et peureuse.
    Arrêtons de faire croire que lorsqu un policier se suicide c est un problème familiale. ..NON. ..ce n est que professionnel et à tout ces lâches qui dirigent et qui par peur se planquent les uns derrière les autres. ..
    Honte a ces policiers gradés planqués derrière un bureau qui ne connaissent pas le terrain et qui ne soutiennent pas leurs chefs. .

  2. bonjour,
    mon époux est policier. ill est rentré dans cette profession par vocation. Quelle erreur!!
    Il est en burn out; il a été arrété pendant 3 mois, suivie d’une interdiction de port d’arme et d’IVP.
    Aujourd’hui, il a repris ses fonctions, mais il n’est pas guéri.
    la seule chose qui interresse sa hierarchie est qu’il ne boive plus et surtout qu’il ne pense plus à mettre son arme dans la bouche….
    je suis désemparée, je crains pour sa vie.Je ne sais quoi faire pour l’aider.
    je ne voudrai pas me retrouver, moi aussi, à écrire un message de détresse
    Aider nous à garder nos mari….

  3. Je suis l’épouse d’une personne morte et je témoigne :

    CHRONIQUE D’UN HARCELEMENT MORT «RALE »
    T’es arrivé frais au poste qu’on te propose
    Tu montres un engagement exemplaire, disponible même hors horaires
    Transparence et professionnalisme hors pair
    Présence continue, appels perpétuels, rendez-vous impromptus, réunion à la pelle sans thème pas de sujet réel, t’es toujours sur le qui-vive.
    Ton rôle et les fonctions sont de moins en moins clairs
    Il te manque du matos, des informations, de l’aide
    Faut s’adapter et la pression monte
    Les décisions sont arbitraire, despotisme et privilèges de certains, tu notes et informes tes proches
    Jour après jour, elle monte la pression !
    Il en prend un coup ton optimisme, c’est pas grave, t’as une démarche constructive, une tonne d’idées, des propositions créatives.
    Ton esprit d’équipe dérange et est remis en cause, il faut que tu t’agrippes
    Sa devise : diviser pour mieux régner
    Tes collègues ne sont pas niais c’est sûr, ils sont de ton côté, ils vont t’accompagner.
    En fait, ils préfèrent les arrangements, les magouilles, les petits secrets qui souillent pourvu qu’on leur casse pas les couilles, c’est chacun pour soi
    Tu te sens isoler et très fatigué.
    Il te dis qu’il faut que tu progresses que tu fasses
    du porte à porte encore et encore alors que tu croule sous le stress
    Crise de l’arme c’est infernal
    Situation banale en soi mais par du tout normale
    T’es victime de harcèlement moral
    J’aurais tant voulu continuer à t’aimer vivant.

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