Personnalité et stress…de l’œuf ou de la poule?

Une personnalité, un stress ?

« Par amour du stress »1, un ouvrage publié en 2010, mentionne diverses études sur le stress. Parmi elles, certaines ont montré que 3 traits de personnalité prédisposaient à générer des réponses de stress : l’hostilité, l’anxiété et la faible estime de soi. Une avancée pour comprendre un peu mieux l’exposition à l’épuisement professionnel ?

Hostilité, anxiété et faible estime de soi

Les 1ères constatations et 1ers questionnements sur un lien entre personnalité et stress datent de 1892. C’est alors, plus précisément, l’article d’un médecin rapportant que « la plupart des patients qu’il traitait pour des troubles cardiaques avaient une personnalité semblable », tranchante et ambitieuse, qui avait été publié. Quelques études ont par la suite permis de préciser les choses : seul le trait de personnalité « hostilité » serait en fait à même de prédire ces troubles, dans la mesure où il engendrerait, en situation de stress, la production d’une dose importante de cortisol et d’adrénaline (hormones du stress).

  • L’hostilité… ou plutôt 2 types d’hostilité :

– « L’hostilité cynique », caractérisée par « la tendance, pour un individu, à interpréter tous les événements avec une combinaison d’hostilité et de cynisme »,
– « La colère réprimée », définie comme « la tendance, pour un individu à réprimer sa colère, à ne pas la démontrer ».

  • L’anxiété, second trait de personnalité accroissant la quantité de cortisol produite (donc rendant plus facilement « stressantes » les situations) : le trait d’anxiété. Il ne s’agit alors ni d’un état d’anxiété passager, ni de l’anxiété en tant que maladie, mais bien d’une anxiété faisant partie intégrante de la personnalité de l’individu. Celui-ci serait alors susceptible de produire une réponse de stress même lorsqu’aucune situation ne le justifierait : la simple anticipation des difficultés éventuellement à venir suffirait à la production des hormones correspondantes. Il en serait de même, d’ailleurs, pour les personnalités hostiles qui, interprétant une situation comme potentiellement agressante, seraient d’ores et déjà stressées…
  • La faible estime de soi, enfin, constituerait le trait de personnalité « le plus prédictif d’une grande réactivité au stress ». Formée très tôt durant l’enfance, cette caractéristique donne le sentiment de ne jamais maîtriser les situations… ce qui induit logiquement une certaine dose de stress ! Le Dr Jens Pruessner (Université McGill de Montréal) aurait ainsi démontré que, « lorsqu’on expose des participants à un stress de laboratoire, le trait qui déterminera le mieux qui va réagir ou non à la condition stressante par une production d’hormones de stress est l’estime de soi. »

Personnalité et burn-out ?

Si les traits d’hostilité, d’anxiété et de faible estime de soi sont des facteurs augmentant la production des hormones du stress, ne seraient-ils pas aussi des caractéristiques prédisposant à l’épuisement professionnel ?

Ce dernier est en effet intimement lié au stress ressenti par chacun et, notamment, à l’établissement d’un stress chronique (lire l’article à ce sujet). Si hostilité, anxiété et faible estime de soi conduisent à plus de stress, il semblerait logique qu’elles favorisent aussi le burn-out. Aucune étude n’a, à notre connaissance, été publiée sur le lien précis entre ces 3 traits de caractère et le degré d’exposition à l’épuisement professionnel…

Un biais à cette possible conclusion apparaît par ailleurs : certains chercheurs ont montré une corrélation positive entre l’investissement et la motivation d’un individu au travail et le risque qu’il a de sombrer dans un burn-out. On a alors l’image du cadre dynamique, qui sait ce qu’il veut, qui sait où il va sans trop appréhender le chemin. Et la faible estime de soi, dans ce schéma ? Pourrait-elle être, au départ, l’initiatrice de cette volonté de se surpasser dans le cadre professionnel, afin de montrer aux autres et à soi-même ce que l’on vaut réellement ? Jusqu’à présent, on connaissait plutôt le manque d’estime de soi comme conséquence du burn-out. Pourrait-il en être une cause ? Affaire à suivre.

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1. Par amour du stress, Sonia Lupien, Ph.D., Editions au Carré, 2010

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