Quand soigner fait souffrir

Burn-out des médecins : quand soigner fait souffrir.

 Les médecins, oui, soignent, soignent, soignent… au risque de s’oublier eux-mêmes. En 2007, l’Union Régionale des Médecins Libéraux franciliens démontrait que 53% des praticiens se sentaient menacés par l’épuisement professionnel, ce taux étant porté à 60,8% pour les médecins généralistes1. De quoi faire réfléchir sur les coulisses d’une profession parfois en perte de repères… 

Les médecins, au bout du rouleau ?

 De nombreuses études font état du mal-être des médecins. Le burn-out semble d’ailleurs guetter ces derniers dès leur internat : ils seraient alors 64,4% des plus de 30 ans à craindre un burn-out (47,3% pour les 26-30 ans et 43,7% pour les 25 et moins)2. Particulièrement inquiétant : 8% des décès des médecins seraient dus à des suicides… un chiffre 2 fois supérieur au reste de la population française3 ! Le 22 septembre 2009, on trouvait dans le Journal International de Médecine la constatation suivante : « Sur 18 mois, il y a eu 23 suicides chez France Télécom, sur 106 000 salariés. Pendant la même période, 60 médecins ont mis fin à leurs jours, sur 200 000 professionnels ». Edifiant.

 Reste à comprendre le mécanisme qui transforme la vocation de soigner en véritable parcours du combattant… souvent battu.

Un non-scoop : surcharge de travail pour les médecins.

 Première cause d’épuisement avancée : la charge de travail. Démonstration en a été faite par l’association « Paroles de professionnels »4, mais également par une thèse – que nous avons déjà citée – sur le burn-out des internes en médecine générale2. Celle-ci met en exergue un lien entre l’importance accordée à leur entourage familial par les internes et leur capacité à échapper au burn-out… et il se trouve que les internes concernés travaillent en moyenne 9 heures de moins par semaine. Et oui ! Pour consacrer du temps à sa famille, il faut en avoir (du temps) ! L’étude montre que « l’on peut conclure aux mêmes résultats concernant les loisirs, qui constituent également un facteur protecteur. »

 Elle démontre par ailleurs que la majoration de la charge hebdomadaire de travail, loin d’augmenter la satisfaction quant à la reconnaissance perçue par le personnel soignant, la diminuerait même. Le sentiment de reconnaissance, pourtant, fait partie des éléments indispensables pour éloigner le burn-out… Un autre mauvais point pour les heures sup’ !

 En résumé : plus les internes (et cela semble logiquement applicable aussi aux médecins plus chevronnés) travaillent, moins ils ont de temps pour famille et loisirs… tout en perdant en reconnaissance au sein de leur cadre professionnel. Pas bon, tout ça !

 Au cœur de la problématique : la relation médecin-patient.

 Au centre de la relation médecin-patient : un paradoxe qui, littéralement, épuise les professionnels de la santé. Ce paradoxe, c’est le grand écart qu’ils doivent sans cesse faire entre le piédestal sur lequel ils restent placés par leur patientèle… et une sorte de « spécialisation » de cette dernière qui, par là-même, en devient de plus en plus exigeante. Les malades savent, demandent certaines analyses, certains médicaments et, qui plus est, veulent tout tout de suite. Attendre plus de 15 minutes dans une salle d’attente ? Vraiment déplaisant. Et que dire de ce médecin qui ne prescrit même pas d’antibios ?

 Quant à la fonction même du médecin, elle se voit en pratique de plus en plus élargie : les malades réclament non seulement d’être soignés (ça, c’est normal !), mais aussi de pouvoir « vider leur sac » d’une multitude de problèmes qui ne concernent en rien leur santé physique. Et c’est sans parler de ceux qui recherchent, chez leur médecin généraliste, une aide sociale…  Ceux-ci tentent bien de répondre, mais c’est aux dépends de leur propre santé : le burn-out guette les médecins les plus investis. Car non, un médecin n’est ni psychologue, ni assistant social. Qu’on se le dise… et qu’on prenne les mesures nécessaires : éducation des patients à la gestion de leurs priorités, psychologues dont l’intervention permettrait aux médecins de se recentrer sur leur cœur de métier, etc.

 Karine Branger

Cet article vous parle ? Vous souhaitez le commenter ? Notre blog est là pour cela

1. Galam E, Mouriès R. L’épuisement professionnel des médecins libéraux franciliens : Témoignages, analyses et perspectives. URML IDF/ Commission prévention et santé publique, 2007.

2. « Burn-out des internes en médecine générale : état des lieux et perspectives en France métropolitaine », thèse présentée par Antoine LE TOURNEUR et Valériane, déc. 2011, faculté de médecine de Grenoble.
3. Propos du Dr. Jean-Marie Colson, trésorier du Conseil National de l’Ordre des Médecins, publiés dans Le Bulletin d’information de l’Ordre des Médecins, n°18.

4. Sondage BVA réalisé pour l’association « Paroles de professionnels » avec le soutien du laboratoire GSK. Population étudiée : les médecins champ-ardennais.

 

Une réflexion au sujet de « Quand soigner fait souffrir »
  1. Connaissez vous un lieu de prise en charge spécifiquement dédié aux médecins en burn Out avec alcoolo-dependance ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *